Le mythe de Richard Cœur de Lion au Moyen Age 

La fin du XIIème siècle fut marquée par de nombreuses mutations sociales, culturelles et économiques. Parmi elles, l’émergence de la chevalerie, combattants d’élite liés par un système de valeurs particulier, prend beaucoup d’importance. Richard Cœur de Lion se voulait et fut considéré comme un parangon de cet « ordre de la chevalerie ».

Héritier d’une des familles les plus puissantes de son époque, il se comportait à tout point de vue comme un simple chevalier, cherchant gloire et fortune par ses prouesses guerrières. Certains chroniqueurs lui ont d’ailleurs reproché cette attitude, le rôle d’un roi étant de commander et de gouverner et non pas de s’impliquer dans les combats.

    Malgré cela, sa réputation se forgea dans les combats et les nombreuses guerres qu’il mena. Son surnom de « Cœur de Lion » révèle ce caractère guerrier et héroïque qui est petit-à-petit amplifié et exagéré par les chroniqueurs afin de créer sa légende. Le lion était, dans la culture guerrière et chevaleresque du Moyen Age, symbole de férocité, de force et de courage.

    Contrairement à ses frères, surtout Henri le Jeune, il n’était pas un pratiquant assidu des tournois. Il leur préférait la « véritable » guerre. Sa légende s’est ainsi forgée surtout à partir de son couronnement en 1189. Ses exploits en Terre Sainte ont été rapportés et exagérés. Sa participation aux combats, que ce soit à Acre, à Arsouf ou à Jaffa, étaient dès lors mis en avant et contribuèrent à la création du mythe du « roi chevalier », brave et féroce au combat, faisant preuve de largesses et de générosité hors du champ de bataille. Même certains musulmans, comme Al Adid, le frère de Saladin, reconnurent à Richard ces qualités guerrières et chevaleresques.

Blessé maintes fois, on lui reprocha souvent sa témérité qui mettait sa vie en péril. Sa mort d’un carreau d’arbalète à Châlus vint confirmer les craintes de son entourage. Alors que Richard, roi croisé, roi chevaleresque était parvenus à maintenir en respect de  redoutables adversaires comme Saladin ou Philippe Auguste, il vint assiéger un petit château du Limousin dans une énième guerre féodale, où il mourut d’un trait et non l’épée à la main sur un champ de bataille. Cette mort peu glorieuse fut cependant dès le début enjolivée et mêlée au légendaire.

    Dans les siècles qui suivirent sa mort, Richard continua à être un symbole pour la chevalerie et ses valeurs. Il fit l’objet de nombreuses chansons de geste et poèmes épiques ou courtois. On le comparait aux plus grands héros : à César, Roland ou aux chevaliers de la Table Ronde.

Déjà son père, Henri II, avait tenté de s’identifier au roi Arthur, modèle du roi juste et sage. Les mythes liés au roi Arthur et à ses chevaliers servirent, à la fin du XIIème siècle et jusqu’à la fin du Moyen Age, à exprimer la culture chevaleresque en plein essor. Richard fut assimilé à Lancelot ou Gauvain, modèles de chevalerie, où également à Arthur. Comme son père, il fit rechercher le tombeau de ce roi légendaire. La dynastie des Plantagenêt, en s’assimilant au mythe arthurien, tenta ainsi de trouver une légitimité à travers des mythes liés à l’Angleterre, mais aussi à la Bretagne continentale et à une partie du Nord de la France.

Sa vie est très tôt assimilée au légendaire. On amplifia ses faits d’arme, son rôle lors de la croisade, ses prouesses en Terre Sainte, malgré le fait qu’il n’ait pas pris Jérusalem. C’est un aspect typique de la mentalité médiévale : le comportement importait plus que le résultat. Trente ans après la mort de Richard, Fréderic II, empereur germanique, réussit à reprendre Jérusalem, alors que Richard avait échoué. Et pourtant, Frédéric fut critiqué avec virulence par ses contemporains, car il reprit la ville sainte par la négociation et la diplomatie, et non par des actes dignes d’un chevalier.

Ce mythe de Richard Cœur de Lion qui pourtant a régné relativement peu, se transmit ainsi à travers les siècles. Une littérature abondante et de nature diverse, a été inspirée par ce personnage du Moyen Age à nos jours. Il est largement exploité à partir du XIXème siècle, pendant lequel des auteurs et autres artistes, avides de personnages héroïques et hauts en couleur, s’emparent du personnage et de sa légende.