La guerre au XIIème siècle

    Richard Cœur de Lion participa à de nombreux conflits tout au long de sa vie. La guerre à cette époque était très fréquente, et se menait selon des habitudes et des règles bien différentes de celles d’époques plus récentes

Qui combattait ?
Chevalier du XIIème siècle
Chevalier du XIIème siècle, (armée de la bête dans liebanensis, commentarius in apocalypsin, XIIème siècle BNF).

    Au XIIème siècle, il n’y avait pas d’armée de métier, pas d’armée permanente. Lorsqu’un seigneur ou un roi partait en guerre, il convoquait ses vassaux qui avaient le devoir de répondre à son appel. On disait alors que l’on convoquait le « ban ». Eux-mêmes venaient accompagnés de leurs « mesnies », leur entourage de chevaliers. L’assemblage de ces divers corps de troupe s’appelait l’ost féodal. Les combattants qui la composaient étaient des chevaliers, c’est-à-dire des combattants à cheval, et des troupes d’hommes d’armes de diverses origines, des paysans conscrits, des mercenaires etc.

  A partir du XIIème siècle, d’autres combattants étaient de plus en plus présents sur les champs de bataille : les sergents d’armes des milices urbaines. Les villes s’affranchissant de la domination des seigneurs féodaux, elles reçurent souvent le droit d’entretenir une milice destinée à monter la garde sur leurs remparts et à les défendre en cas de siège. Ainsi, bien que la guerre fût normalement l’activité de prédilection de la noblesse, de nombreux roturiers (c’est-à-dire non nobles) prirent part aux conflits qui ensanglantèrent le royaume de France et l’Europe en général.

  Mais au XIIème siècle, le combattant par excellence était le chevalier. Le chevalier au Moyen Age Central est un combattant d’élite, redoutable, bien équipé et bien entrainé. Les chevaliers français, en particulier, étaient réputés dans toute l’Europe pour leur bravoure.

La bataille 
Scène de bataille
Scène de bataille (dans Roman de Thèbes, XIVème siècle, BNF).

  La bataille rangée classique telle qu’on l’imagine était en fait très rare au Moyen Age. Elle était un évènement exceptionnel, à l’initiative de puissants seigneurs ou souverains. On peut citer la bataille d’Hastings, en 1066, ou celle de Bouvines, en 1214. Mais au XIIème siècle, quasiment aucune bataille aussi importante n’a été livrée, bien que de nombreux affrontements aient eu lieu. Lors de ces grands évènements, vus comme une mise à l’épreuve et un jugement divin, les deux armées se faisaient face et se disposaient en ordre de bataille.

  L’objectif, au XIIème siècle, était d’écraser l’ennemi rapidement par une charge de chevaliers. Il n’y avait pas vraiment de plan de bataille ni de stratégie d’ensemble. Les « commandants », c’est-à-dire les grands seigneurs, étaient au cœur des combats et dirigeaient leurs hommes par l’exemple, y compris le roi lui-même parfois ; cette attitude pouvait être désapprouvée car ils ne pouvaient ainsi pas orchestrer leur armée selon une stratégie prédéfinie et se mettaient en danger.

Siège
Siège (Siège de Jérusalem (1099), dans Guillaume de Tyr, Historia , XIIIème siècle, BNF).

  Arrivés à bonne distance, les chevaliers lançaient leurs chevaux au grand galop, leur longue lance coincée sous le bras. L’impact, lorsqu’ils atteignaient les troupes ennemies, était extrêmement violent. Beaucoup de troupes fuyaient et se débandaient après avoir subi un tel assaut. Quand le combat s’éternisait, les chevaliers se retrouvaient dans la mêlée. Ils abandonnaient leur lance, souvent brisée lors de l’impact et tiraient l’épée. Là encore, il n’y avait pas de formations, de tactiques prédéfinies, seulement le chevalier qui combattait en quête d’exploits personnels et de prouesses martiales. Le concept de discipline, très important dans les légions romaines de l’Antiquité, était absent des guerres féodales du Moyen Age.

  Bien que très violents, ces combats étaient en fait assez peu meurtriers. Les chevaliers, bien protégés, ne cherchaient pas à se tuer mais à se mettre hors de combat pour se rançonner par la suite. La rançon était une source de revenus très importante en temps de guerre pour les seigneurs et chevaliers.

    Mais l’essentiel des opérations de guerre au Moyen Age était faites d’escarmouches, de coups de main, de chevauchées et surtout de sièges. Le but était d’affaiblir l’ennemi en pillant et en ravageant ses terres afin qu’il finisse par céder. Les armées en campagne allaient de place forte en place forte, dévastant tout sur leur passage. Lorsqu’elles parvenaient devant un château ou les remparts d’une ville, elles y mettaient le siège.
 
L’assaut n’était donné que si l’assaillant était largement supérieur en nombre. C’était une opération extrêmement couteuse en hommes et en ressources. Les combattants, y compris les chevaliers qui mettaient alors pied à terre, montaient à l’assaut des murailles avec des échelles et autres tours de sièges. Ils devaient se frayer un chemin sous une pluie de flèches, de carreaux d’arbalètes, de pierres, de poix brûlante et toute sorte de projectiles.

  Une fois parvenu en haut des remparts, un corps-à-corps féroce s’engageait jusqu’à ce que les défenseurs cèdent ou que l’assaillant soit repoussé. Il fallait souvent donner de nombreux assauts les uns après les autres avant de pouvoir prendre la place. Des machines de guerre tels les trébuchets et autres balistes, ainsi que des travaux de sape pouvaient créer une brèche dans la muraille et ainsi faciliter le franchissement de cette dernière. Mais dans tous les cas, c’était une entreprise très couteuse qui, si elle se passait mal, pouvait compromettre l’ensemble d’une expédition.

  Par conséquent, la plupart des armées se contentaient de former un blocus autour de la place forte et d’attendre que ses occupants arrivent à cours de vivres. Certains sièges pouvaient ainsi s’éterniser durant des mois.

L’armement 

L’armement offensif :

Personnage armé d’une lance
Personnage armé d’une lance (Lettre ornée, dans Isidorus Hispalensis (s.), Mysticorum Expositiones Sacramentorum , XIIème siècle BNF).

    L’arme principale du chevalier était l’épée, également le symbole de son statut. L’épée est une arme redoutable. Au XIIème siècle, il s’agissait d’épées à une main se maniant conjointement à un bouclier. Contrairement à une idée reçue, ces épées étaient très légères, pesant un peu plus d’un kilogramme en moyenne. C’était une arme destinée à trancher, non à écraser. L’épée devenait relativement inefficace contre un combattant bien protégé.

  C’est pourquoi très tôt, d’autres armes furent mises au point, telle les masses, les haches de bataille à une ou deux mains, et les fléaux d’armes, ces étranges armes composées d’une boule de métal reliée à un manche par une chaîne. Ces armes, plus contondantes que tranchantes étaient destinées à perforer les protections adverses et étaient craintes sur le champ de bataille.

  La lance de cavalerie était l’autre arme principale du chevalier. Employée selon la technique de la lance couchée, elle pouvait être dévastatrice en charge. Il s’agissait d’une longue hampe en bois, pouvant atteindre quatre mètres, terminée par un fer acéré. Le chevalier la callait sous son aisselle, pointe vers l’avant et lançait son cheval au galop. Une fois arrivé sur l’ennemi il se dressait sur ses jambes et portait tout son poids sur la lance. La hampe en bois se brisait souvent à ce moment. Lors des tournois, la pointe était émoussée pour éviter de blesser grièvement l’adversaire, ce qui n’empêchait pas la mort de nombreux participants.

Les hommes à pied combattaient la plupart du temps avec des armes d’hast. Au XIIème siècle, c’est la lance qui était encore la plus employée par les troupes à pied. Les autres armes de ces combattants pouvaient être des couteaux, des poignards et autres dagues. L’épée était moins répandue mais également présente, bien que la qualité de celles employées par de simples routiers devait être bien moindre que celles maniées par la noblesse.

  Les armes de jet principales étaient l’arc et l’arbalète. L’arc, connu de tout temps, pouvait, lorsqu’il était utilisé en masse, envoyer des pluies de flèches sur l’adversaire et ainsi le faire reculer. L’arbalète était encore plus redoutable. Elle pouvait envoyer des carreaux, sortes de petites flèches spécifiquement conçues pour ce type d’arme, avec une force prodigieuse, capable de percer les plus solides des protections. Elle était si dangereuse que l’Eglise tenta d’en interdire l’usage entre chrétiens. En revanche, elle était extrêmement longue à recharger. C’est une de ces armes qui frappa Richard Cœur de Lion à Châlus en 1199 et qui mit fin à sa vie.

L’armement défensif

Chevalier arborant un équipement contemporain de Richard Cœur de Lion
Chevalier arborant un équipement contemporain de Richard Cœur de Lion ((Job avertis du massacre Miniature d’une Bible du XIIème siècle, BNF).

    L’armure est une image que l’on associe automatiquement au Moyen Age. Pourtant, les lourdes armures de plaques d’acier, évoquant les chevaliers de la Table Ronde, ne sont apparues qu’au XIVème siècle, et surtout aux XVème et XVIème siècles. Durant les siècles précédents, la protection la plus solide et la plus répandue parmi les chevaliers était la cotte de maille. Il s’agissait d’une sorte de vêtement fait de milliers d’anneaux d’aciers d’environ 1cm de diamètre, assemblés de manière à ce que chaque anneau soit relié à quatre autres. Elle formait une protection souple, flexible et épousant les formes et les mouvements de son porteur.

  Au XIIème siècle, elle consiste en une longue tunique descendant jusqu’aux genoux, appelée « haubert », voire jusqu’aux mollets, et maintenue à la taille par la ceinture et le baudrier. Les grands pans de maille qui tombaient ainsi de la taille étaient destinés à protéger les jambes du cavalier lorsqu’il était en selle. Cette longue tunique possédait également des manches arrivant jusqu’aux poignets où elle formait des sortes de moufles de mailles destinées à protéger les mains du combattant.

  Au niveau du cou, un camail, sorte de cagoule de mailles, accompagné d’un ventail qui cachait une partie du visage venaient s’ajouter. Il était la plupart du temps rattaché au haubert et les deux éléments ne constituaient en fait qu’une seule pièce. Lors des combats, cette cagoule était rabattue sur la tête et servait de support au casque. Il protégeait ainsi également les côtés du visage et du crâne.

  Beaucoup de combattants n’avaient pas les moyens de se payer cette forme de protection extrêmement couteuse. Ils avaient alors recours à des protections de cuir et de tissu. Les cuirasses en cuir offraient une protection toute relative aux tranchants d’une épée ou à la pointe d’une lance. C’est pourquoi le cuir était bien souvent renforcé à l’aide d’éléments en métal, tels des clous, des petites plaques, ou des anneaux fixés directement sur le cuir. On appelle ce type de protection une broigne. Un gambison, sorte de tunique rembourrée et épaisse, était souvent la seule protection des fantassins.

Le casque, au XIIème siècle, n’était pas encore le heaume, protection englobant l’ensemble de la tête. La plupart étaient des casques à nasal. Ils étaient composés d’une calotte en métal de forme conique ou demi-sphérique, voire phrygienne, avec une protection prenant la forme d’une barrette de métal plus ou moins large descendant sur le nez, destinée à le protéger. Pour les chevaliers les plus fortunés, un nouveau type de casque était apparu, le casque à visière ou à facial. Il s’agissait d’une calotte ou venait se fixer une visière percée de trous pour la vue et la respiration. Ces casques étaient les ancêtres des grands heaumes cylindriques du XIIIème siècle.

  Enfin, dernière protection essentielle : le bouclier. Au XIIème siècle, période de transition, le bouclier était l’héritier de ceux que l’on peut voir sur la tapisserie de Bayeux. Il s’agit de grands boucliers en forme d’amande, portés à gauche et destinés à protéger son possesseur de l’épaule au genou. Il était particulièrement utile à cheval, où les jambes, de part et d’autre de la selle étaient très vulnérables. Le bouclier prit également une grande importance à cette période car il devint le support idéal pour le blason de son porteur.

  A partir du XIème siècle, les seigneurs ont commencé à se doter de symboles héraldiques destinés à représenter leur lignée et leur identité. Le blason devint ainsi un signe de reconnaissance pour le chevalier.

Les armes de siège

    Les engins de siège du Moyen Age étaient les héritiers de ceux de l’Antiquité. Ils n’eurent de cesse de se développer, entrainant également une évolution constante des fortifications. Cette course aux armements aboutit à la fin du Moyen Age à l’invention des armes à feu qui, en se perfectionnant, rendirent inutiles les fortifications comme les armures et ouvrirent la voie aux armées modernes.

Au XIIème siècle, l’engin de siège le plus courant était la baliste. Il s’agit d’une sorte de gigantesque arc qui projetait soit des sortes d’immenses flèches, avec une force redoutable, soit des chapelets de pierres. Mais les plus redoutables de ces engins étaient les trébuchets, d’origine orientale. Cette arme comportait un système de contrepoids qui entrainait un mat terminé par une sorte d’énorme fronde. Un trébuchet était capable de projeter un boulet de pierre avec une force colossale et à une grande distance.

L’emploi de plusieurs de ces engins pouvait faire pleuvoir une masse de pierre sur la forteresse assiégée et la réduire en un tas de gravas. Cependant, ces armes étaient difficiles et onéreuses à concevoir, il fallait les construire sur place, leur précision laissait à désirer. C’est pour cela qu’elles n’étaient jamais employées contre une armée mais toujours contre des ouvrages de défenses fixes.

Lors des sièges, on employait parfois également des tours de siège. Ces immenses ouvrages de bois étaient montés sur roues et tirés jusqu’au pied du rempart après les avoir remplis de combattants. Ces derniers pouvaient donc arriver jusqu’au rempart relativement à l’abri des nombreux projectiles qu’on leur envoyait. Les béliers, destinés à enfoncer les portes, les tranchées et la sape, technique visant à creuser une galerie jusque sous les fondations d’un rempart et à provoquer son effondrement, étaient également employés lors des assauts.

La guerre au Moyen Age fut à l’origine de la culture chevaleresque devenue emblématique de cette période. Richard Cœur de Lion se tailla une réputation de combattant émérite, incarnant les valeurs de l’aristocratie guerrière de son temps. Ce furent en grande partie ses exploits guerriers, réels ou non, qui forgèrent un véritable mythe autour de sa personne qui se perpétue de nos jours.