L’épanouissement de la chevalerie

 Les premiers conflits auxquels participa Richard Cœur de Lion prirent place à une période où s’affirmait une catégorie particulière de combattants : les chevaliers. Emblématique du Moyen Age, la chevalerie fut aussi liée à cette époque comme l’était le château-fort ou le troubadour. Imaginé comme un noble guerrier défendant la veuve et l’orphelin, la réalité du chevalier était, comme toujours, plus complexe et plus nuancée. Richard Cœur de lion, perçu et se revendiquant comme un véritable « roi-chevalier », a beaucoup contribué à la diffusion des valeurs de la chevalerie.

Chevaliers
Chevaliers (armée de la bête dans liebanensis, commentarius in apocalypsin, XIIème siècle BNF).

Qu’est-ce qu’un chevalier au XIIème siècle ?

Chevalier du XIIème siècle
Chevalier du XIIème siècle (Job avertis du massacre Miniature d’une Bible du XIIème siècle, BNF).

  Le mot « chevalier » est bien évidemment construit sur « cheval ». Un chevalier était donc un combattant à cheval, et suffisamment riche pour en posséder un, voire plusieurs. C’est au Xème siècle que le terme de « Miles » (plur. Milites), commença à être utilisé pour désigner uniquement les guerriers à cheval, et non plus l’ensemble des combattants. Ces guerriers d’un nouveau genre s’étaient constitués en « mesnies » autour des seigneurs féodaux, composant leur entourage. C’est au XIIème siècle qu’ils devinrent une véritable institution, se mêlant avec la noblesse.

  Un chevalier était avant tout un combattant lourd à cheval. Les montures et l’armement d’un chevalier étaient fort couteux. Seule l’appartenance à une famille noble, où les faveurs d’un seigneur, pouvaient permettre d’acquérir cet équipement. De plus, les chevaliers étaient des combattants d’élite, entrainés depuis leur plus jeune âge au combat à l’épée, à l’équitation, à la joute, ainsi qu’à porter et à se mouvoir avec les lourdes cottes de mailles.

    Un chevalier ne pouvait pas avoir d’autres activités, au XIIème siècle, que la guerre et l’entraînement à la guerre. En revanche, des « chevaliers-paysans », qui pratiquaient par ailleurs une activité agricole, existèrent durant les premiers temps de la chevalerie. Tous les chevaliers au XIIème siècle n’étaient pas nobles. Certains étaient des serviteurs d’un seigneur et pouvaient avoir des origines très modestes. A la fin du XIIème siècle, la chevalerie se ferma de plus en plus aux non nobles et beaucoup de ces petits chevaliers eurent beaucoup de mal à maintenir leur rang.

    Les jeunes nobles destinés au métier des armes servaient un maître, souvent un proche de leur famille, qui lui apprenait le métier des armes. Apprenant en outre à reconnaître les blasons, parfois à lire et à écrire, le futur chevalier était d’abord page, puis écuyer. Si on l’en jugeait digne, il était finalement adoubé et devenait chevalier à part entière. L’adoubement était une cérémonie rituelle, un véritable rite de passage, pendant laquelle on rappelait au nouveau chevalier ses devoirs. Les chevaliers étaient censés respecter un ensemble de principes moraux, fondées sur certaines valeurs : l’honneur, la loyauté, et les principes de la religion chrétienne. Cette moralisation de la chevalerie, entreprise dès le XIème siècle, fut en grande partie un fait de l’Eglise qui tenta de canaliser la violence de cette nouvelle aristocratie guerrière. Une culture plus profane, notamment celle des troubadours, s’y ajouta, et mettait en avant l’exploit guerrier, la fierté et la gloire. Une véritable culture chevaleresque se développa donc au XIIème siècle. Elle connut son apogée avec les romans de chevalerie, inspirés d’anciens mythes bretons et celtiques, la « matière de Bretagne », qui formèrent peu à peu la légende du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde.

    Après l’adoubement, le sort de chaque chevalier dépendait énormément de son statut et de son rang d’aînesse. Parmi la noblesse, l’aîné finissait en effet par hériter des terres et des privilèges de son père et devenait un seigneur féodal. Les cadets et les chevaliers de moindre naissance pouvaient se mettre au service d’un seigneur, qui finissait parfois par leur procurer un petit fief. Quelquefois, l’héritage était morcelé entre les héritiers d’un seigneur. En Limousin, et dans d’autres régions de l’Aquitaine, les seigneuries étaient souvent gérées en indivision, et les héritiers pouvaient ensemble hériter d’un même domaine. D’autres devenaient des chevaliers errants, vivant d’aventure et parcourant les routes, proposant leurs services à qui en avait besoin. Ceux-là suscitaient une grande fascination et on les imaginait bien souvent comme les parangons de la chevalerie. En réalité, la faim et la cupidité les transformaient bien souvent en bandes de pillards que l’Eglise tentait de neutraliser, notamment par l’appel à la croisade.

    Le chevalier était avant tout un combattant. Cependant, les batailles étaient peu fréquentes au Moyen Age, même si les guerres, elles, l’étaient. Afin de pouvoir exercer leurs « talents » et s’entrainer, les chevaliers pratiquaient diverses activités qui leur étaient réservées. La chasse, par exemple, était un privilège de l’aristocratie. Au Moyen Age, c’était une activité physique et dangereuse. En effet, on chassait souvent à l’épieu, en tuant l’animal au corps-à-corps.

    Des jeux guerriers bien particuliers naquirent en même temps que la chevalerie : les joutes et les tournois. Les tournois étaient des simulacres de batailles où deux camps s’affrontaient et tentaient de mettre l’adversaire hors de combat. La joute avait pour objectif l’entrainement à la charge de cavalerie. Elle opposait deux chevaliers, lourdement armés, qui tentaient, lancés au grand galop, de se désarçonner en frappant de la lance sur le bouclier de l’adversaire.

    En règle générale, la vie d’un chevalier était faite de devoir et de combats. Il devait aide et assistance, ainsi que conseil à son suzerain, et en particulier pour la guerre. Les chevaliers étaient censés suivre une éthique très stricte, impliquant humilité et discipline. Mais la réalité était différente. Les chevaliers étaient avant tout des aristocrates et des guerriers. Bien souvent, l’avidité, l’orgueil et l’ambition personnelle prenaient le pas sur les devoirs théoriques qu’impliquait la chevalerie. Néanmoins, elle permit de canaliser une bonne partie des pulsions de la noblesse guerrière née de l’ordre féodal qui sinon aurait probablement fortement déstabilisé la société médiévale.