L’Aquitaine, le Limousin et la culture occitane au XIIème siècle

Guillaume IX d’Aquitaine
Guillaume IX d’Aquitaine, grand père de Richard Cœur de Lion (miniature tirée de Chansonnier provençal, XIIIème siècle, BNF).

L’Aquitaine, qui incluait le Limousin, tenait une place à part au sein du grand royaume de France. Eloignée du pouvoir royal, le duché avait donné naissance à une culture particulière, autour de la langue occitane et de l’art des troubadours, qui influença certainement Richard. Bien que l’Aquitaine n’ait pas échappée à la division du pouvoir central et à la division de son territoire en une multitude de châtellenies, elle conserva cependant certaines particularités comme un droit écrit plutôt que coutumier, et ses ducs étaient de puissants seigneurs, disposant de beaucoup d’autonomie. Parmi ces ducs d’Aquitaine, le plus célèbre fut le grand père d’Aliénor, Guillaume IX, l’un des premiers troubadours connus du Moyen Age.

L’art des troubadours naquit en Aquitaine au début du XIIème siècle. Guillaume IX en fut l’un des précurseurs. Il consistait en la rédaction et la mise en scène de chants et de poèmes courtois, prônant l’amour et les vertus chevaleresques. Il s’est développé dans des « cour d’amour », notamment tenues par la mère de Richard Cœur de Lion, Aliénor d’Aquitaine.

L’Aquitaine de Richard était empreinte de cette culture occitane qui s’était développée dans le Sud alors que le Nord de la France actuelle était d’avantage marqué par une culture germanique et normande. Le Sud du royaume avait connu une influence romaine plus profonde pendant l’Antiquité. Sous l’impulsion des ducs d’Aquitaine et de l’Eglise, cette culture a pu se développer tout au long du siècle et donner à cette partie du royaume une identité spécifique.

Le Limousin au XIIème siècle 
Blason des vicomtes de Limoges
Blason des vicomtes de Limoges.

 

Le Limousin fut érigé en évêché dès la fin de l’Antiquité. Ses limites étaient quasiment semblables à celle de la cité gallo-romaine des Lémovices. Durant la période carolingienne, après avoir été lui-même sous l’autorité d’un comte de Limoges, il passa aux comtes de Toulouse, puis de Poitiers. Il fut morcelé ensuite entre différentes vicomtés. A l’époque de Richard, et en vertus de l’indépendance qu’avait connue l’Aquitaine, de nombreux seigneurs Limousins, dont les vicomtes de Limoges, ne supportaient pas l’autorité des puissants Plantagenêt. Ils se rebellèrent à de nombreuses reprises contre Richard Cœur de Lion. Par conséquent, le Limousin à cette époque fut le théâtre de conflits récurrents.

Ségur le château
Ségur le château

Vassaux des vicomtes, de nombreuses familles de chevaliers tenaient des châtellenies plus ou moins importantes. La société féodale limousine du XIIème siècle, comme dans le reste du Sud de la France actuelle, était complexe. La plupart de ces châtellenies étaient tenues en coseigneurie. Plusieurs seigneurs et chevaliers se partageaient les droits sur un même castrum (château) et les terres en dépendant. Cela se traduisait par la multiplication des tours et logis de chevaliers dans une même enceinte. C’était le cas à Ségur le château, à Lastours ou encore à Montbrun.


La région connut à cette époque un véritable âge d’or spirituel et culturel. Limoges, ville épiscopale, était d’une taille importante pour l’époque avec ses deux quartiers, celui du château, dominé par le Vicomte et celui de la cathédrale, sous l’autorité de l’évêque. Saint Léonard de Noblat, Aubusson, étaient des villes importantes.

Abbaye de Solignac
Abbaye de Solignac, (photo Office de tourisme des Monts de Châlus)

L’Eglise, au sein du grand évêché de Limoges, joua un rôle très important dans cet essor du Limousin. Alors que le pouvoir politique était divisé entre plusieurs vicomtés, notamment celles de Limoges, de Comborn et de Ventadour, l’Eglise restait garante de l’unité du territoire limousin, dont les limites étaient anciennes. Les abbayes de Solignac, de Grandmont ou de Saint Martial, étaient puissantes et très riches, faisant fructifier leurs nombreuses possessions. Elles eurent une énorme influence sur le développement artistique et artisanal de la région, aujourd’hui encore renommée pour ses émaux et son orfèvrerie. C’est certainement cette Eglise limousine, loin des influences du roi de France, n’en répondant qu’à Rome, qui permit au Limousin de connaître une période faste au XIIème siècle.

Bertran de Born
Bertran de Born(miniature tirée de Chansonnier provençal, XIIIème siècle, BNF).

 

Le limousin connut ainsi un véritable rayonnement culturel à cette époque. Elle se manifesta par certaines formes d’art nées dans la région qui se sont parfois répandues dans toute l’Europe par la suite. Le Limousin fut la terre de naissance de certains des plus célèbres troubadours, comme Bernard de Ventadour en Corrèze, ou Bertran de Born, apparenté de très près aux Lastours.
 

Bernard de Ventadour
Bernard de Ventadour, (Miniature tirée de Chansonnier provençal, XIIIème siècle, BNF).


C’est dans ce contexte culturel et social que le jeune Richard fut éduqué. Il y fit ses premières armes et sa vie de monarque fut ponctuée par de nombreux épisodes guerriers.